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À Djègbadji, sur le cordon littoral qui sépare la lagune de l'océan, des centaines de productrices font remonter depuis des générations le sel des terres salées. Longtemps cantonné à une économie de survie, ce savoir-faire est devenu, en quatre ans, la vitrine d'un partenariat que le ministère des Petites et Moyennes Entreprises et le Programme des Nations unies pour le développement entendent désormais élargir. C'est autour de cette filière, et des chantiers qu'elle ouvre, que les deux institutions se sont retrouvées le mercredi 17 juin, dans la salle d'audience du ministère, à Cotonou.

Le ministère recevait le représentant résident du PNUD au Bénin, Titus Oladayo Osundina, pour un exercice à double détente : dresser le bilan d'une coopération déjà ancienne et baliser les terrains où elle pourrait s'étendre. Partenaire de longue date des politiques publiques béninoises en matière d'entrepreneuriat, d'emploi, de formation professionnelle et d'artisanat, l'agence onusienne figure parmi les appuis techniques et financiers les plus constants du département ministériel. La rencontre a permis de réaffirmer la solidité de ce lien, à l'heure où le gouvernement cherche à faire du secteur privé un moteur de croissance et d'emploi.

Une filière sortie de l'informel

Au rang des réussites mises en avant figure le Projet de promotion du sel local iodé de Xwlajè, le ProSEL. Lancé en 2022, il a organisé 1 700 producteurs de sel au sein de 38 coopératives réparties dans plusieurs communes côtières. Là où prévalaient des pratiques individuelles et dispersées, l'accompagnement a installé une structuration collective, condition d'accès au crédit, aux marchés et aux normes de qualité. Le résultat se mesure aujourd'hui en tonnages : 4 000 tonnes par an pour la production traditionnelle, auxquelles s'ajoutent 1 500 tonnes issues de la nouvelle unité moderne de Djègbadji.

L'enjeu de cette transformation dépasse la seule performance industrielle. En iodant un sel jusque-là produit hors de tout contrôle sanitaire, le projet touche à un objectif de santé publique, la carence en iode demeurant un problème dans plusieurs régions. En formalisant des coopératives, il sort de l'ombre une activité largement informelle et ouvre à des centaines de femmes, qui en constituent le gros des effectifs, une perspective de revenu pérenne. Le sel de Xwlajè illustre ainsi ce que les bailleurs appellent un impact concret : une chaîne de valeur reconstruite au profit de communautés locales.

Reste à consolider l'acquis. Les échanges ont permis d'identifier les chantiers prioritaires, à commencer par le raccordement de l'unité de Djègbadji au réseau électrique national, sans lequel la production moderne demeure tributaire de solutions coûteuses. Les deux parties ont également ciblé le débouché des cantines scolaires, susceptible d'offrir au sel local un marché stable et solvable, ainsi que la poursuite de l'accompagnement technique des coopératives, encore jeunes.

De nouveaux fronts de coopération

Au-delà du sel, l'audience a servi à dessiner les contours d'une coopération élargie. Le ministère et le PNUD entendent approfondir leur collaboration dans le développement des PME, l'insertion professionnelle des jeunes, la formation professionnelle et l'entrepreneuriat féminin, autant de fronts où les besoins demeurent immenses dans un pays à la démographie jeune. Pour passer de l'intention au projet, un groupe de travail conjoint sera mis en place, chargé d'identifier des initiatives structurantes à fort impact.

Une priorité s'est dégagée : la promotion de l'entrepreneuriat numérique féminin, ciblé sur l'agroalimentaire et le tourisme. Le choix de ces deux filières n'a rien de fortuit. Toutes deux figurent parmi les secteurs sur lesquels le Bénin mise pour diversifier son économie et créer des emplois, et toutes deux offrent aux femmes, par le levier du numérique, des voies d'autonomisation qui contournent certaines barrières traditionnelles.

L'audience a aussi rappelé l'ampleur d'un compagnonnage qui ne se limite pas au terrain. Le PNUD a appuyé l'élaboration du plan stratégique de l'Agence de développement des PME, du Programme cadre de l'emploi des jeunes, du Programme national d'impulsion et de suivi de la croissance des PME et PMI, ainsi que de la Politique nationale de développement de l'artisanat. Autant de cadres qui structurent, en amont, l'action publique dans ces secteurs.

En multipliant ces partenariats, le ministère revendique un rôle de pivot dans la mobilisation des appuis extérieurs au service du développement économique et social. À travers le sel de Xwlajè comme à travers les chantiers à venir, c'est une même ambition qui se donne à lire : faire de l'entrepreneuriat et de l'emploi décent les instruments d'une économie que le gouvernement veut plus inclusive et plus résiliente.

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