Une salle de réunion du cabinet ministériel, une table autour de laquelle se font face les analystes d'une agence de notation et les responsables d'un ministère, et sept secteurs à défendre : c'est dans ce décor sobre que s'est jouée, le mardi 16 juin, une étape de l'actualisation de la note souveraine du Bénin. La mission de Bloomfield Investment Corporation, l'agence ouest-africaine basée à Abidjan, était reçue par le ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de la Promotion de l'emploi et de l'Insertion professionnelle, venu plaider le bilan de la décennie écoulée dans l'économie réelle. L'exercice n'a rien d'anodin. Tous les ans, l'agence ausculte la capacité du pays à honorer sa dette et à soutenir sa trajectoire de croissance, et chaque ministère sectoriel est appelé, tour à tour, à documenter sa contribution à l'édifice.
Introduite par Armand Olougoudou, conseiller technique chargé du suivi des notations et des projets structurants au ministère de l'Économie et des Finances, la séance a donné à la ministre l'occasion de dérouler des chiffres et des dispositifs plutôt qu'un discours. Au cœur de sa démonstration, une conviction : les micro, petites et moyennes entreprises ne sont plus l'angle mort des politiques publiques, mais un levier assumé de création de richesses et d'emplois. Dans un pays où l'informel demeure le premier pourvoyeur d'activité, l'enjeu consiste à convaincre des analystes étrangers que la formalisation progresse et que l'écosystème entrepreneurial gagne en solidité.
Une décennie de réformes à faire valoir
L'argumentaire s'est appuyé sur les réformes engagées depuis dix ans, présentées comme ayant consolidé l'écosystème entrepreneurial et amélioré le climat des affaires. Devant les experts, la ministre a détaillé les mécanismes d'accompagnement des entrepreneurs, l'accès au financement, la professionnalisation des acteurs et le développement des compétences, autant de chantiers que l'agence devra peser dans son appréciation du risque souverain. La méthode d'une agence de notation ne se satisfait pas d'intentions : elle réclame des dispositifs traçables, des résultats mesurables et une continuité dans l'action publique. C'est précisément ce registre, celui de la preuve, que le ministère a cherché à occuper.
Le bilan présenté s'inscrit dans la durée. Depuis dix ans, les réformes auraient permis de positionner les petites structures comme un maillon central de la chaîne de valeur nationale, en améliorant leur environnement réglementaire et en multipliant les guichets d'appui. L'artisanat, longtemps relégué au rang de secteur de subsistance, a été présenté comme un gisement d'emplois et de savoir-faire à structurer. Quant à la formation professionnelle, elle a été mise en avant comme la courroie de transmission entre les ambitions économiques affichées et la réalité des compétences disponibles sur le terrain.
Le cap de la territorialisation
La séance a aussi servi à exposer le cap des prochaines années. Le gouvernement mise sur une participation accrue des PME et des artisans à la transformation structurelle de l'économie, dans une logique de territorialisation du développement. L'idée : faire émerger des pôles de développement adossés aux potentialités locales, capables de générer de la valeur ajoutée et des emplois décents au plus près des populations, plutôt que de concentrer l'activité dans quelques centres urbains. Cette approche, qui entend valoriser les ressources propres à chaque région, traduit une volonté de rééquilibrage territorial dont les effets se mesureront à l'échelle des départements.
Sur ce socle, le ministère affiche ses priorités : des dispositifs d'accompagnement plus performants, la promotion de l'innovation et du numérique, un accès facilité au financement, et des mécanismes destinés à pousser la formalisation, la compétitivité et la résilience des entreprises. L'insertion professionnelle des jeunes, le développement des compétences et l'emploi productif ont complété le tableau, présentés comme des leviers directs d'amélioration des indicateurs socio-économiques, ces mêmes indicateurs que l'agence intègre dans son verdict.
Pour le Bénin, l'enjeu dépasse la courtoisie d'une visite. La note souveraine conditionne le coût auquel l'État se finance sur les marchés régionaux et internationaux, et chaque réforme documentée pèse dans la balance d'une économie qui cherche à attirer les investisseurs. En recevant Bloomfield, le ministère a cherché à inscrire le secteur privé national au rang de moteur durable de croissance, d'industrialisation et d'emploi.
Autour de la ministre figuraient le directeur de cabinet, Koladé Okoudjou, le secrétaire général du ministère, César Aklossou, et le directeur des PME, Luc Obalé. Une rencontre brève, mais qui s'inscrit dans le long processus d'évaluation au terme duquel l'agence rendra son appréciation sur la crédibilité des politiques publiques béninoises. Le verdict, attendu dans les prochains mois, dira si le plaidoyer aura porté.






